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    Louis Lécluze (1711-1792) : Acteur, auteur poissard, chirurgien-dentiste et entrepreneur de spectacles

    16e - 18e

    Les Moralistes français de Montaigne à Chamfort

    Date de soutenance 
    27 Novembre 2008
    Position 

             Une biographie d’une trentaine de pages intitulée L’aventureuse Vie du sieur Lécluse de Thilloy, publiée par Georges Dagen en 1925 dans l’ouvrage Histoire de l’art dentaire en France, est à l’origine de notre travail de recherche. Ce titre et cette ébauche d’étude étaient prometteurs pour un personnage qui avait mené une vie professionnelle multiple et qui – nous l’avons établi depuis – avait côtoyé et fréquenté des hommes célèbres de son temps, que ce soit Pannard, Favart, Vadé ou le maréchal de Saxe, le roi Stanislas, Voltaire et Tronchin… Georges Dagen avait lancé une invitation à découvrir Louis Lécluze. Quelques auteurs dans le sillon de sa publication ont tenté d’y répondre, au cours de ces dernières années, mais aucun n’a dépassé le récit superficiel de tel ou tel épisode en particulier.

     

    Notre recherche s’est donné pour objectif de restituer dans un premier temps la biographie de Lécluze, dans sa continuité et dans toute sa diversité sachant que notre homme fut à la fois acteur, entrepreneur de spectacles, écrivain et chirurgien-dentiste, praticien et théoricien de l’art dentaire. Outre les informations nouvelles que nous avons apportées sur l’état civil de Lécluze et sur sa famille, nous avons corrigé les nombreuses erreurs et les clichés qui avaient été répétés d’article en article depuis 1925. Nous avons également embrassé l’ensemble des activités professionnelles de Lécluze en faisant valoir leur intrication chronologique tout au long de sa vie.

     

    Nous avons dans un deuxième temps étudié successivement l’activité de l’acteur et celle de l’entrepreneur de spectacles en les resituant dans la grande tradition qui relie aux XVIIe et XVIIIe siècles les opérateurs et les charlatans aux spectacles de rue.

    Comédien adulé du public, pilier de la troupe de Charles-Simon Favart au théâtre des armées du maréchal de Saxe, vraisemblablement acteur de la troupe du roi Stanislas et se produisant sur des scènes de société, Lécluze offre l’exemple d’une carrière brillante, au cœur de la vie théâtrale de l’époque. Il fut avec Drouillon, Mlles Deslille et d’Arimath, un des meilleurs acteurs de Ponteau et de Monnet, directeurs de l’Opéra-Comique. En témoignent à la fois sa présence régulière dans les Compliments d’ouverture et de clôture, sa rémunération – une des plus élevées de la troupe après les salaires des vedettes féminines – ainsi que son interprétation de la figure allégorique de l’Opéra-Comique dont il devient de fait le symbole.

     

    Nous avons reconstitué à partir d’inventaires systématiques la programmation des pièces dans lesquelles Lécluze a joué et un grand nombre de distributions des rôles dans ces pièces. Ce recensement a été réalisé grâce aux manuscrits du fonds Soleinne à la BnF pour les années 1736 à 1745, au Calendrier des Spectacles pour l’année 1752 et au Journal de Paris pour les années 1778 et 1779. Nous avons également rassemblé les critiques, toujours favorables, publiées dans les ouvrages contemporains, et en particulier dans le Mercure de France afin d’éclairer ces inventaires. Lécluze s’est spécialisé dans des rôles comiques en incarnant régulièrement d’une part des petites gens, dont le franc parler populaire annonce la langue poissarde : jardinier, porteur d’eau, concierge, mais aussi Pierrot et le fameux « Charbonnier » qu’il créa dans L’Assemblée des Acteurs de Pannard et Carolet en 1737 et lui vaudra un succès immédiat. Il assuma d’autre part des rôles de médecin et d’opérateur, qui le renvoyaient non sans humour à son autre activité professionnelle.

     

    Notre réflexion à partir de l’ensemble des informations réunies constitue une biographie inédite d’un des acteurs les plus importants des spectacles de la Foire alors que l’attention de la critique dramatique depuis près de trois siècles, il convient de le souligner, s’est toujours portée vers des acteurs appartenant aux troupes officielles des théâtres privilégiés (la Comédie-Française, la Comédie-Italienne et l’Opéra). Notre réflexion apporte par ailleurs des éléments nouveaux aussi bien pour la connaissance de l’Opéra-Comique du premier XVIIIe siècle que pour l’histoire du théâtre aux armées du maréchal de Saxe de 1746 à 1748 et enfin pour l’histoire des spectacles des boulevards.

     

             Quant à l’activité d’entrepreneur de spectacles de Lécluze, elle n’a jamais été étudiée dans son intégralité, ses commentateurs s’étant contentés d’évoquer sa faillite retentissante. Là encore, nous sommes parvenus à rétablir une chronologie des faits à partir de l’ouverture du Théâtre du sieur Lécluze à la Foire Saint-Laurent 1778, en passant par les débuts des Variétés Amusantes en juillet 1779, la reprise (financièrement avantageuse pour lui) de son théâtre par Malter, Hamoire et Lemercier et jusqu’à la deuxième reprise par les entrepreneurs Gaillard et Dorfeuille en 1785. Il ressort de cette chronologie que Lécluze fut un directeur et un entrepreneur novateur à divers titres. Sa position de décideur lui permet de programmer à la Foire Saint-Laurent des œuvres poissardes qu’il entend remettre à la mode et qu’il interprétera lui-même (le rôle de Nicole la poissarde dans La Pipe cassée de Vadé, les rôles du postillon dans le Dialogue du postillon et La Fileuse, deux pièces de sa composition). Les Variétés Amusantes, qu’il a fait bâtir dans une rue qui venait d’être tracée (la rue de Bondy, actuellement rue René Boulanger dans le 10e arrondissement à Paris), deviennent rapidement une salle incontournable du moment, puis une référence dans l’histoire des spectacles de la fin du XVIIIe siècle. Enfin nous avons pu établir, grâce au Journal de Paris, la programmation, jour par jour, des pièces représentées à la Foire Saint-Laurent, durant l’été 1778, au Wauxhall de Torré pour le dernier trimestre de la même année, et jusqu’à ce que le théâtre prenne le nom de Variétés Amusantes le 13 juillet 1779.

            

             Le troisième volet de notre recherche s’attache à la production de textes poissards de Lécluze (huit œuvres majeures), dont nous avons établi la bibliographie, en restituant à notre auteur les œuvres qui avaient souvent été attribuées à tort à Vadé ou à Cailleau et en recensant sur plus de cent cinquante ans leurs très nombreuses rééditions, isolées ou associées à d’autres textes, comme dans les Catéchismes poissards publiés au moment du Carnaval, qui ont fait rire des générations de lecteurs.

     

    Cet inventaire exhaustif nous a conduit à revisiter le genre « poissard », auquel s’étaient intéressés Charles Nisard en 1872 et A. P. Moore en 1935, en apportant des éléments nouveaux tant sur le langage produit par ces textes que sur son interprétation. Nous avons par ailleurs dressé un catalogue des œuvres poissardes au-delà de la seule production de Lécluze (document présenté en annexe), qui réunit les différents recueils et pièces de théâtre appartenant à ce genre sur trois siècles (de 1600 à 1900). Cet outil de travail, inédit, est complété par l’ébauche d’un Dictionnaire poissard, qui regroupe les termes relevés et classés dans deux œuvres principales de Lécluze : Léclusade ou Le Déjeuné de la Rapée (1748) et Le Paquet de mouchoirs (1750).

     

    Alors que l’histoire de la littérature n’a retenu que le nom de Jean-Joseph Vadé comme « créateur du genre poissard », notre repérage et notre étude démontrent le rôle majeur que Lécluze a également joué dans la vogue du genre depuis le milieu du XVIIIe siècle, avec en particulier son Déjeuné de la Rapée qui a précédé d’un an La Pipe cassée. Nous avons, de même, établi que c’est en réalité Lécluze, et non le « citoyen Maillot », qui a laissé à la postérité le personnage haut en couleurs de Madame Angot, un des plus populaires du folklore français.

     

             La dernière partie de notre travail retrace la carrière de chirurgien-dentiste de Lécluze qui exerça son art en tant qu’« expert pour les dents » diplômé de la Communauté de Saint-Côme, communauté des chirurgiens de Paris. Attaché au Duc de Villars, au Duc de Bouillon, au Maréchal de Saxe et à Stanislas successivement, Lécluze ne fut pas un chirurgien-dentiste ordinaire : les traités qu’il rédigea (Traité utile au public en 1750 et Nouveaux élémens d’odontologie en 1754, entre autres) sont restés parmi les grands ouvrages de référence du XVIIIe siècle, considéré comme l’âge d’or de l’odontologie française. L’analyse de ses textes odontologiques, faite pour la première fois dans l’histoire de la discipline et comparée aux textes de ses contemporains, montre que Lécluze méritait d’être l’un des praticiens les plus reconnus après 1750. Il fut le premier en odontologie à exposer longuement l’anatomie de la tête humaine en se basant sur les travaux du célèbre anatomiste Winslow. Grâce à ses compétences et à sa notoriété, il eut, par exemple, l’honneur de fréquenter Voltaire à Ferney.

     

    Novateur dans cette activité professionnelle également, il modifia et mit au point des instruments pour extraire les dents et un gratte-langue pour l’hygiène, encore en usage aujourd’hui. Il commercialisa son propre élixir anti-scorbutique à partir de 1747. Très en avance sur son temps dans le domaine de la prévention, Lécluze publia un fascicule sur l’inoculation de la variole en 1756 au moment de la visite de Tronchin à Paris. Il fut aussi un des pionniers de la prophylaxie bucco-dentaire par ses conseils d’hygiène et ses recommandations pour inciter les jeunes à consulter un praticien régulièrement. Il présenta également un plan de prophylaxie dans les collèges et mit en garde les patients contre l’abus de sucreries pour éviter les caries et, enfin il dénonça les pathologies iatrogènes.

     

             Pour mener à bien notre recherche nous avons dû surmonter un certain nombre de difficultés méthodologiques, amplifiées par le fait que notre sujet était pratiquement vierge et relevait de plusieurs champs du savoir : l’histoire du théâtre du premier et du second XVIIIe siècle, l’histoire de la langue française au sein de l’histoire littéraire, l’histoire de l’odontologie. Chacun de ces domaines comporte ses sources propres, ses ouvrages de référence, sa bibliographie, etc. avec lesquels il a fallu nous familiariser. Une telle dispersion a par ailleurs compliqué notre accès aux sources de première main et notre exploration de fonds qui étaient pour la plupart méconnus. Grâce aux Archives du Loiret et à celles de la Ville de Bâle, nous avons pu faire le jour sur des épisodes marquants de la vie de Lécluze, comme l’achat et la vente forcée de son château ou l’assassinat de son fils. Le dépouillement des archives de l’Opéra pour les années 1744-1745 nous a permis de faire valoir la place capitale de Lécluze en tant qu’acteur dans la troupe de l’Opéra-Comique. Les registres de « Délibérations du roi en son conseil », conservées au CARAN à Paris et les Archives de la Ville de Paris ont apporté des précisions inédites sur les péripéties de la vente du « Théâtre du sieur Lécluze » de 1779 à 1785. Du côté de l’histoire de l’odontologie, le CARAN, les Archives de l’Académie royale de chirurgie (conservées à l’Académie nationale de médecine) et les Archives de la Ville de Genève ont révélé des documents de premier ordre sur le professionnel de l’art dentaire que fut Lécluze, avec notamment l’agrément qu’il reçut de la Communauté des chirurgiens de Genève en 1760. Enfin à partir des Archives de la Bibliothèque de Genève (BGE), et en particulier de la correspondance inédite de Charlotte de Constant-Pictet, nous avons pu confirmer la présence de Lécluze comme familier du cercle de Voltaire à Ferney.

     

             Une autre difficulté était d’éviter l’effet de dispersion que pouvaient induire les multiples activités professionnelles de Lécluze, ce qui nous a conduit à établir au préalable sa biographie puis à étudier successivement les différentes facettes de celle-ci, en tentant d’éviter le risque soit de limiter sa vie à une seule de ses activités, soit d’être répétitif.

     

    Pour conclure nous soulignons comment le caractère pluridisciplinaire de cette recherche contribue fortement à l’intérêt des résultats qui s’en dégagent. Conséquence de ses activités professionnelles variées, Lécluze a fréquenté des milieux sociaux et culturels très différents qui nous plongent au cœur de la vie artistique, intellectuelle et scientifique du Siècle des Lumières que ce soit à Paris, en province (il avait acquis un château au Tilloy près de Montargis), ou encore en Lorraine (à Nancy et à la cour de Lunéville), en Flandres (à l’occasion des campagnes du maréchal de Saxe qui le menèrent à Bruxelles notamment) et à Genève. S’ajoute à cette singularité le fait que notre homme s’est distingué dans chacune des facettes de son activité par son talent, son audace et sa capacité d’innovation : qu’il soit comédien, entrepreneur de spectacle, auteur de textes littéraires ou de traités médicaux, enfin chirurgien-dentiste, Lécluze, ne fut jamais un figurant, un amateur ou un dilettante.

     

    Autant de raisons, nous semble-t-il, de procéder à une réévaluation de la place que ce personnage hors du commun – que l’on qualifierait volontiers de « romanesque » – mérite aussi bien dans l’histoire du théâtre, que dans celle de la littérature et des sciences du XVIIIe siècle.

     

    Jury 

    M. Pierre FRANTZ (Université de Paris IV-Sorbonne)

    Mme Danielle GOUREVITCH (Ecole Pratique des Hautes Etudes)

    M. Dominique QUERO (Université de Paris IV-Sorbonne)

    Mme Françoise RUBELLIN (Université de Nantes)

    Sous la direction de 

    Jean DAGEN

    Doctorants
    BARON
    Directeur de thèse 
    DAGEN