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Appel à communications : Journées Voltaire 2016

16.06.2016 > 18.06.2016

16e - 18e

Philosophies des Lumières

L’été 2016 verra le triste anniversaire de l’exécution du chevalier de La Barre au terme d’une procédure judiciaire à la fois hâtive et complexe. Ce qui est vite devenu une véritable affaire pour Voltaire, qui prit fait et cause tant pour le jeune homme exécuté que plus tard pour l’un de ses complices condamné par contumace, le chevalier d’Étallonde, a évidemment contribué à faire voir en Voltaire un « procureur des Lumières [1] ». De la Relation de la mort du chevalier de La Barre au Cri du sang innocent, Voltaire endosse le rôle de porte-parole qui a déjà été le sien dans les affaires Calas puis Sirven afin de dénoncer une justice dont le dysfonctionnement majeur réside d’abord dans la criminalisation d’actes et de paroles – impiétés et blasphèmes, et derrière eux l’idée de sacrilège, même si elle n’est pas officiellement mentionnée dans la procédure –, qui ne devraient pas relever de ses compétences. Au-delà des polémiques critiques générales sur la réalité des défauts que Voltaire a reprochés à la justice de son temps [2], l’affaire La Barre met en valeur un certain nombre de défaillances non seulement dans la procédure mise en branle au présidial d’Abbeville, mais également dans la confirmation de la sentence par le Parlement de Paris à laquelle des motifs politiques ou idéologiques n’ont sûrement pas été étrangers.
Les Journées Voltaire 2016 souhaitent revenir sur le contexte large de cette affaire et sur ses répercussions dans l’œuvre de Voltaire, à un moment où les questions non seulement de justice mais aussi et surtout de fanatisme religieux se trouvent au centre de ses préoccupations et de ses actions. C’est certainement de la coïncidence de dysfonctionnements relevant de plusieurs sphères – judiciaire, pénale, politique, religieuse – que naît pour Voltaire cette affaire à laquelle il n’avait spontanément pas accordé beaucoup d’intérêt avant que le Parlement de Paris ne confirme une sentence qui aboutit à une exécution atroce et à un autodafé impliquant le Dictionnaire philosophique.
Devront évidemment être interrogés des aspects juridiques, intéressant en particulier la question de la preuve et le problème de l’utilisation des monitoires, mais aussi le très vaste sujet de la laïcisation de la justice en lien avec la criminalisation du blasphème, non seulement dans les textes de Voltaire, à commencer par le Commentaire sur le livre Des délits et des peines, mais aussi chez ses contemporains, tels Beccaria, Jousse ou encore Muyart de Vouglans. Les partis pris de Voltaire ne le conduisent-ils pas à réduire les écarts interprétatifs qui existaient entre les juristes au profit d’une lecture univoque quand les juges disposaient au contraire d’une certaine marge de manœuvre ? Mais c’est aussi sur la collusion – fortuite ? – de ces problèmes et des partis pris idéologiques du Parlement de Paris, voire d’intérêts plus strictement politiques qui devront être mis en lumière, que nous souhaiterions revenir. La figure de Denis-Louis Pasquier, « tête de veau » ou « bœuf-tigre », déjà rapporteur dans l’affaire Lally, devient l’incarnation d’un certain Parlement dont Voltaire dénoncera les agissements jusque dans l’Histoire du Parlement de Paris rédigée à la même époque. Si Voltaire s’agite pour mobiliser ses réseaux, on pourra s’interroger sur les soutiens concrets dont il dispose, et sur leur influence réelle au sein d’une sphère politique parisienne dont le rôle de certains membres a été décisif dans la condamnation finale de La Barre et du contumax d’Étallonde. La mise en cause nominative de Voltaire à travers le Dictionnaire philosophique, qui paraît avoir eu de sérieuses répercussions sur le sentiment de menace éprouvé par ce dernier, alors que l’ouvrage n’était vraisemblablement pas l’un des premiers livres de chevet du jeune homme, témoigne évidemment de l’importance d’un affrontement idéologique qui demande que Voltaire mobilise l’ensemble des moyens d’influence dont il dispose [3]. Les textes les plus visibles ne doivent d’ailleurs pas masquer les « avant-textes » qui ont aussi fait l’objet d’éditions critiques récentes [4], puis la diffraction des écrits et des thématiques dans d’autres œuvres relevant parfois d’autres genres, ce qui demande que l’on s’interroge spécifiquement sur leurs effets et sur l’ensemble des stratégies mises en place en fonction de contextes précis. Il s’agira ainsi de comprendre comment a pu se construire une nouvelle figure de martyr de l’Infâme, aux côtés de Calas, Sirven et Lally, mais qui paraît cette fois avoir engagé plus personnellement encore, par certains aspects, le philosophe de Ferney. On pourra également penser à la dimension mémorielle de l’affaire, tant à travers ses échos contemporains directs dans la presse de l’époque, qu’au-delà de la mort de Voltaire en étudiant sa réception au XIXe voire au XXe siècle.

Les propositions de communication (une demi à une page) sont à envoyer avant le 20 décembre 2015 à l’organisatrice, Myrtille Méricam-Bourdet (myrtille.mericam-bourdet[arobase]univ-lyon2.fr).
Les communications feront l’objet d’une publication – après acceptation par le comité de lecture – dans le numéro 17 (2017) de la Revue Voltaire.

Notes

[1] G. Waterlot, Voltaire. Le procureur des Lumières, Paris, Michalon, 1996.

[2] Voir B. Garnot, C’est la faute à Voltaire… une imposture intellectuelle ?, Paris, Belin, 2009.

[3] On pourra partir des éclairages d’Eric Walter, « L’Affaire La Barre et le concept d’opinion publique », dans H. Duranton et P. Rétat, Le Journalisme d’Ancien Régime, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1982, p. 361-392.

[4] Voir par exemple l’« Extrait d’une lettre d’Abbeville du 7 juillet 1766 », prélude à la Relation de la mort du chevalier de La Barre, publié dans les Œuvres complètes de Voltaire, t. 63B, ou le « Précis de la procédure d’Abbeville » servant de support au Cri du sans innocent (OCV, t. 77A).

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Organisé(e) par 

la Société des Études Voltairiennes et le CELLF 16-18.